Quelle journée que ce 11 aout 1018! J’avais décidé de participer aux journées du livre de SAUZON, ce petit joyau de Belle île en Mer. C’était important, puisque c’était le premier salon du livre auquel je participais, faisant suite à la parution de ce faux recueil de nouvelles et vraie autobiographie LA FOUGÈRE ET L’ AJONC. J’étais donc un peu fébrile, transportant dans mes mains la vingtaine d’exemplaires de ce best seller. Il est vrai que sortir un livre en pleine coupe du monde de football, durant cet été caniculaire, sur un sujet qui fait l’unanimité, la chasse, était un coup de maître.

Imaginer, à quelques mètres, le port, cette eau si claire, le vert des collines sur le gris des rochers, me rappeler dans les pâtures environnantes, les courses endiablées de Cheyenne et d’Inouk, cherchant ces beaux faisans, me ravissait. Quel accueil mes amis! Je compris d’abord que je n’étais pas le seul écrivain dans l’océan de la production littéraire ; qu’il y en avait pour tous les gouts, du dessinateur au capitaine de la marchande à la retraite, de l’éditeur au vieux briscard des salons, disparaissant derrière ses livres. Je les saluai donc, et je commençai d’étaler mes petits contes, et la fougère, et l’ajonc, plantes de saison, afin d’occuper la grande table qui m’était assignée.

Est-ce un livre pour enfants me demanda-t-on, en regardant la couverture des CONTES DU BOIS DE ROZ. Je dus avouer aux gentils parents qui souriaient en regardant le dessin de couverture, que ce n’était pas le cas, et qu’une nouvelle comme « petit chapeau » pouvait brusquer leurs jeunes oreilles. Il me fut demandé le sujet de La Fougère et l’Ajonc, ce qui également m’embarrassa puisqu’il s’étire entre la première bécasse, le maquis de Saint Marcel et mon éphémère expérience en politique. Je finis par avouer qu’il s’agissait de nouvelles, ce genre littéraire, qui peut passer pour de la fainéantise aux yeux des lecteurs de Guerre et Paix ou des Misérables. D’ailleurs, n’étais je pas le pire des misérables, eu égard à l’épaisseur de mon œuvre, comparée aux pavés que mes confrères présentaient.

Non! La grande satisfaction de cette journée fut de rencontrer des gens très sympathiques. D’abord Philippe Viard qui fut l’un des derniers gardiens de phare, et qui vendait le livre destiné à financer la rénovation du phare des Cardinaux à Hoëdic. Philippe me raconta quelques bribes de sa jeunesse : les dernières conserveries du temps de la sardine, et son passage au phare des Cardinaux, et ce féroce hameçon qu’il se planta dans le doigt, voulant pêcher et améliorer l’ordinaire de ces rudes hommes; ma voisine Mme Maryvonne Le Gac, qui vendait le film réalisé sur l’histoire des acadiens à Belle Ile, et qui m’expliqua les raisons de leur venue, lors de ce « marché » entre grandes puissances, Belle Ile contre Minorque, qui suivit « le grand dérangement ».

J’eus le droit à la visite des célébrités locales, d’abord Josick, le patron du chantier SLM, toujours fidèle au poste, et qui, lui, disparaît derrière les papiers accumulés sur son bureau, et la belle Ceida, avec son délicieux accent cubain et ses dents du bonheur.

Ce fut vraiment une bonne journée ! Non pas par les recettes étant un illustre inconnu dans le monde des livres, mais par ce départ en bateau, dans l’effervescence des touristes en vacances, Poulain au loin dans le couchant, et cette arrivée à Sauzon avec ces petites façades roses bordant le port, quelques images très littéraires en fait, et les amitiés nouées, ce qui, finalement, est le plus important.