La Fougère et l’Ajonc

/La Fougère et l’Ajonc
La Fougère et l’Ajonc 2018-06-19T19:40:04+00:00

La Fougère et l’Ajonc, recueil de nouvelles

Laurent Maljan nous propose aujourd’hui quinze nouvelles, certaines anciennes, d’autres plus récentes, parues sur son blog. Vous retrouverez ce qui avait fait le succès des Contes du Bois de Roz, son premier recueil, des personnages forts, pathétiques parfois, souvent excessifs. Vous découvrirez les tourments de Monsieur de L…, le secret du fils de Max, la verve de Maître Jacques. Vous traverserez beaucoup de paysages de la Bretagne, belle Ile en Mer, les Landes de Lanvaux, et bien sûr son pays de Limerzel.

Vous rirez, vous tremblerez peut-être, mais vous serez sûrement émus, car c’est dans les tréfonds de l’âme humaine qu’il nous emmène. En effet, sous le prétexte de nous parler de la plus ancienne des activités humaines, la chasse, il nous invite à le suivre dans sa découverte de la vie et des hommes. Les thèmes abordés ne vous laisseront pas indifférents, son aventure électorale de mars 2011, une évocation du maquis de Saint Marcel, Laurette, et bien sûr ses premiers pas de chasseur, racontés avec franchise, toujours avec humanité.

Achetez sur Amazon

Laurent Maljan, l’auteur

Laurent Maljan est né à Limerzel, en Bretagne. Il grandit dans une auberge, que tenaient ses parents, en entretenant très vite un lien privilégié avec la nature qui l’entoure. Elève de la communale dans son petit pays, il étudiera le droit pour en faire son métier, mais c’est la littérature et l’écriture, ses vraies passions. Des écrivains comme Maupassant, Ernest Hemingway l’ont inspiré, comme plus tard Jim Harisson, tous trois fervents admirateurs de la nature, et de ses valeurs, telles que la chasse ou la pêche.

Il découvre la chasse assez tôt, et parcourt alors les forêts du Morbihan avec ses fidèles setters, en quête de la belle demoiselle, la bécasse, chasse emblématique de la Bretagne. C’est ce qu’il aime relater dans ses écrits. Il obtiendra, à 18 ans, le prix de la nouvelle de l’académie de Bretagne, et le succès, plus tard, avec Les Contes du Bois de Roz.

Son style littéraire s’inspire des auteurs de sa jeunesse mais il choisit le format de la nouvelle, dire beaucoup avec peu de mots, revient beaucoup dans ses propos, pour conter ses aventures, avec parfois une touche d’ironie, mais plus souvent une profonde humanité.

Car c’est des hommes qu’il aime à décrire les passions, les travers ; c’est sur le terrain des sentiments, qu’il nous emmène, avec bien sûr les paysages de son enfance, la Bretagne, le pays de Lanvaux et Belle ile en mer ; c’est aussi la matière du blog dont vous êtes nombreux à suivre maintenant les parutions : https://journaldelaurentmaljan.fr/

C’est ce qu’il nous invite à découvrir aujourd’hui dans son dernier ouvrage LA FOUGERE ET L’AJONC.

Extrait de la nouvelle “Le Bois de la Demoiselle”

Vous avez rêvé d’une chasse ? Passant près d’un bois, d’une forêt, vous vous êtes dit : l’heureux chasseur qui parcourt ces halliers. Puis, terminant de payer les études de vos chers enfants, et revenant à meilleure fortune, vous vous êtes enhardi à penser que vous pourriez être ce fameux chasseur.

C’est ce qui m’est arrivé avec le bois de la Demoiselle.

Imaginez un bois de cinquante hectares avec des plantations de Douglass, des feuillus, des clairières à ronces, et deux points d’eau. C’était une volière à bécasses, le refuge des chevreuils, une bauge à cochons. Avec, de temps en temps, un gros lièvre, vous savez ces jolies bêtes au pelage sombre qui vous partent dans les pieds.

C’était le meilleur bois de la région, et il suffit de quelques paroles entendues à la sauvette, et d’une heureuse rencontre, pour que je fusse cet homme.

En effet, j’entendis lors de l’un de ces repas de fin chasse, un peu arrosés, si vous voyez ce que je veux dire, que le bail de la demoiselle arrivait à terme, le genre d’information qu’il ne faut pas divulguer aux affamés.

Un peu plus tard, le hasard, mais le hasard existe-t-il sur cette terre, je fus consulté sur une succession par une famille du pays. C’était une vieille famille, des besogneux, des gens d’un autre temps, imperméables aux progrès. Ils avaient travaillé la terre, comme leurs parents et leurs ancêtres ; durs au mal, levés dès l’aube, achetant les terres aux alentours, lopin par lopin, parcelle par parcelle, avec patience et persévérance.

Quand j’eus évalué l’ensemble des terres, des bâtiments, je commençai avec mes collaborateurs à constituer des lots. Le vieux père avait laissé cent cinquante hectares de plaines à blé, le manoir du Chatelet, deux maisons à Baugey, trois appartements à Angers, la garçonnière du grand-père à Paris, et… ?

Et, vous l’avez deviné, le bois de la Demoiselle, le beau, le magnifique bois de mes pensées, l’objet du désir.

Ils me trouvèrent sympathique, il est vrai que je ne ménageais pas mes efforts ; je fis un « petit quelque chose » sur la note et je leur serrai la main à tous, fils, pièces rapportées, neveux, jolies nièces, avec la caresse au yorkshire de la dame ; et oui, je suis allé jusque là !

L’année suivante, j’étais le nouveau locataire du bois de la Demoiselle.

C’est toujours un grand moment que de découvrir une nouvelle chasse. C’est comme…Allez ! Je vais le dire ! C’est comme la première fois avec une dame, une demoiselle devrais-je dire. Vous avez jaugé l’obstacle, imaginé les tours et contours de la belle, vous régalant par avance. Et puis, vous aventurant un peu sous la charmille, vous avançant toujours un peu plus, vous hésitez. C’est trop beau, c’est trop d’un coup. Et c’est vrai que le bois de la Demoiselle était à la hauteur de sa réputation. J’étais certain de voir des chevreuils ; à l’automne, à la mi-novembre, je pouvais lever une dizaine de bécasses, jamais les mêmes, sur cinquante hectares ! Il n’était pas rare de lever le fameux pairon, et de le manquer. Qui trop embrasse, mal étreint ! C’est bien connu. Les sangliers, s’ils n’étaient pas dérangés, prenaient leurs quartiers dans les ronciers du grand étang, sortant la nuit pour retourner les pâtures, au grand dam des agriculteurs du coin, dont se faisaient l’écho mes propriétaires. Il m’arrivait alors de réunir quelques amis, toujours les mêmes, et d’organiser une battue.

C’étaient de bons moments ! Le résultat était aléatoire mais les chasseurs prenaient plaisir à parcourir ces layons, et c’était l’occasion de faire une belle fête, et de trinquer à la chasse, à ces animaux qui nous procurent tant de plaisir mais aussi aux femmes, et à la demoiselle.

Peu à peu, je pris mes habitudes. Je me familiarisais avec les lieux, apprenant les remises, relevant çà et là les signes de la présence du gibier. Je finis par connaitre tous les sentiers, et même les limites, la hantise du chasseur qui arrive, pour la première fois, sur un territoire.

Je peux dire que j’ai passé du temps à la Demoiselle. Mais si j’ai connu bien des chasses, celle qui m’a le plus marqué est celle du bois de la Demoiselle, et je vais essayer de vous en expliquer les raisons.

On peut s’attacher à un endroit : une terre, un pays, un château, celui de Combourg ou Moulinsart, une maison, pourquoi pas bleue, mais jamais je ne fus autant attaché à un lieu qu’à cet endroit.

D’abord, c’était beau. L’alternance des essences était admirable ; les résineux, je vous ai parlé des Douglass, étaient entourés de grands feuillus qui, à l’automne, présentaient leur ramure pourpre. Des chênes mais aussi des hêtres et des frênes dont les troncs montaient la garde comme des soldats. Et de grandes clairières couvertes d’herbe à chevreuils, vous savez ces grandes herbes jaunes, d’où émergeaient des têtes de sapin, rescapées vraisemblablement d’un incendie, ou d’une coupe. J’aimais les chemins avec ces virages au delà desquels vous découvriez un nouveau biotope. J’aimais sa rivière et son étang, à la queue duquel vous pouviez vous enfoncer jusqu’à la taille. C’était là un vrai paradis pour les bécasses mais aussi pour le chasseur.

Achetez La Fougère et l’Ajonc