Le 11 octobre 2015,

S’il y a une chose que vous vérifiez, lorsque vous prenez votre carte à Belle île, ce sont les bagues à lièvre. Chasser le lièvre à Belle île c’est comme chasser la grouse en Ecosse, ou la bécasse en Irlande, c’est un privilège. Vous les mettez dans un endroit où vous êtes sur de les retrouver, genre une poche à fermeture, ou dans un tiroir fermé à clé mais surtout pas sur le tableau de bord du véhicule ou dans le sac à main de votre épouse.

Cette année, nous avons le droit à trois lièvres.

De temps à autre, vous plongez votre main dans la poche et vous les recomptez, des fois qu’il en manquerait une. Et quand vous commencez à chasser et que vous avez fait le quota de faisans, parfois même la perdrix, vous n’attendez qu’une chose : l’ouverture du lièvre.

Il y a plusieurs manières de le chasser. La première est de réunir une troupe assez nombreuse qui va ratisser le terrain, avec springers et labradors. La deuxième est de le chasser au chien courant, avec cette belle musique, que dis je, cette fanfare. La troisième est le combat singulier, d’homme à lièvre, au chien d’arrêt, avec cette minute cruciale, je veux parler de ces longues secondes pendant lesquelles le chasseur se demande ce qui est tapi sous le nez de son chien.

Et bien le grand jour est arrivé ! C’était ce matin ! Il y avait du monde, vous vous en doutez ! Beaucoup de véhicules garés dans les chemins. Des troupes assez nombreuses pour certaines, avec quelques gilets fluo, ce qui est nouveau. Les continentaux avaient dormi sur l’île. Il est vrai que le bateau de 8 heures arrivant à 8H45, ils ne veulent, pour rien au monde, rater 30 minutes du grand suspense « l’as tu fait ? », alors même qu’ils savent que beaucoup de lièvres sont tués entre 8H30 et 9 heures. C’est sur, ça fait réfléchir et marcher l’hôtellerie.

Car au lièvre, faut pas rigoler, il faut commencer à l’heure.

Pour ce qui me concerne, j’étais à l’heure, étant un chasseur privilégié puisque je dormais sur place. J’avais invité Maître G… avocat au barreau de Vannes. Un chasseur motivé, agréable et convivial. Il possède un chien mais il avait décidé de le laisser à son frère qui chasse sur le continent. La journée reposait donc sur Madame Cheyenne, qui arrête le lièvre mais qui ne peut s’empêcher de le poursuivre, parfois de très près, ce qui m’a valu de nombreuses déconvenues. Cheyenne a tout de suite compris que c’était jour de lièvre, tant et si bien qu’elle ne s’est intéressée qu’à ce bel animal…

Maître G… a tué son lièvre ; il était ravi. Un bon gros lièvre, le genre de spécimen à concourir à la fameuse pesée, et dans un paysage extraordinaire : dans la bruyère en fleurs sur les hauteurs de Ster Vraz. C’était tout simplement sublime. Ces beaux animaux qui nous procurent tant de plaisir, ces bateaux au mouillage, dans ce panorama de rêve, et la joie de mon camarade, que j’ai félicité.

Oui ! Ce fut vraiment une bonne journée, et dans le bateau qui nous ramenait sur Quiberon, aux chasseurs qui nous posaient la sempiternelle question : « alors, il est fait ? » nous adoptions un sourire de circonstance, le sourire des baroudeurs, aventuriers de tout poil, mi narquois mi entendu, qui signifie : quelle question, cela va de soi, il est fait !