Je vais essayer de répondre à cette question sensible en relatant des comportements et attitudes que vous avez vous même vérifiés. 

Le choix d’un chiot est la hantise du chasseur. 

Il suffit de regarder une portée d’un mois ou deux pour s’en convaincre. Comment savoir, parmi ces clones, quel chiot sera un grand chasseur ? 

Car, récupérer un chien écolo ou un chien de garde, je veux parler du chien qui mord les voisins, ou bien encore du chien qui bourre, sans vergogne, le gibier arrêté par un concurrent, c’est foutu pour dix ans…la durée de vie de votre compagnon. 

Bon ! Un vrai chasseur a toujours un bon chien, si cela peut vous rassurer. Encore faut il s’entendre sur la notion de bon chien ! 

Vous devez d’abord trancher le problème de la race. Essayez de mettre d’accord les partisans du setter et ceux de l’épagneul, et vous aurez mesuré la difficulté de la tache. 

Pour ce qui me concerne, j’ai un faible pour les setters, ces avaleurs d’air. Voir un setter courir sur les pâtures de Belle Ile est un moment privilégié. Encore faut il que l’animal soit bien réglé, je veux dire par là que sa quête doit se faire par rapport au chasseur. Qu’importe qu’il aille loin ! 

Après, c’est une question de mesure. Autant je n’aime pas le chien qui revient à son patron toutes les vingt secondes, oubliant de chasser, autant le chien qui disparaît pendant une demie heure est problématique. 

Mais quelque soit sa race, le chien doit aimer la chasse, plus encore que son maître. 

Alors comment choisir ? 

Etant jeune, je me souviens des chasseurs qui regardaient le palet de l’animal. Celui ci devait être noir. 

La plus sure garantie est donnée par les éleveurs sérieux mais deux super champions ne donneront pas forcément un super champion, pour la bonne raison qu’il existe un maillon faible : l’homme. 

L’idéal est de pouvoir observer la portée, y aller deux ou trois fois et de pouvoir choisir. Un chiot qui vient spontanément vers vous est déjà adopté. 

J’avais choisi Cheyenne car elle était éveillée alors même que ses frères et soeurs dormaient. Pari risqué me direz vous ; elle aurait pu être insomniaque…! 

Malheureusement, tout le monde ne peut pas se permettre d’observer la portée. 

Cette petite chienne, frêle, qui courait comme une danseuse, me fit connaître des joies sans pareil. Elle fut déclarée à six mois, le rêve du chasseur. Ce jour là, je ramenai trois bécasses, et le même nombre les deux dimanches suivants. 

Ce fut une merveilleuse entrée en matière. 

Aujourd’hui, la dame a vieilli mais elle fait montre encore de ses qualités de chasseresse. Il est vrai que je tiens à elle. 

C’est pourquoi, il faut ménager vos chiens, et veiller à leur alimentation. 

Vous l’avez compris, le comportement du chasseur est très important. Vous aurez remarqué que les différents chiens d’un même chasseur ont les mêmes habitudes. 

Exemples : ne pas rapporter, hurler dans la voiture… Vous savez également, c’est ce que je vous disais en préambule, qu’un bon chasseur a un bon chien. En effet, le chien calquera son comportement sur votre comportement ; un chasseur motivé donnera un chien motivé. 

Pour terminer, une petite histoire. Etant plus jeune, mes amis avaient une excellente chienne d’arrêt, qui naviguait où bon lui semblait ; il est vrai que j’habitais un petit bourg. Il se trouva que la chienne fût en chaleur, et que mes amis manifestèrent la volonté d’assurer la continuité de leur passion. De grandes discussions s’engagèrent sur le profil de l’étalon ; bien sur avec nos moyens ; il n’était pas question d’aller chercher un champion. Nous passâmes en revue tous les chiens du quartier, supputant, subodorant le résultat de l’union. Tout ça, sans en parler à l’intéressée… Le mâle fut enfin choisi, contact fut pris avec son propriétaire, qui récupèrerait un chiot, prix de la transaction. L’acte fut difficile mais il eut lieu, c’est ce que mes amis, tous deux célibataires, assurèrent. Les chiots naquirent, petits et mignons, couvés du regard par les chasseurs. Ca allait être une sacrée portée, c’était écrit dans la pierre. 

Un chiot fut gardé, c’était le meilleur. Six mois passèrent et le petit chien, nommé Mario, qui nous accompagnait avec plaisir ne manifestait aucun gout pour la chasse. Au bout de deux ans, il continuait de se promener, essayant d’attraper les papillons. Quand il eût 3 ans, il fallut se rendre à l’évidence. Sauf un revirement complet, comme changer de sexe, Mario, qui ressemblait de plus en plus à un bobtail, ne ferait jamais un chien de chasse. L’amour propre de mes amis en prit un coup, le genre de coup difficile à encaisser, et le sujet à ne plus aborder. Et Mario disparut… 

Des semaines, des mois passèrent, et on oublia le beau Mario. 

Un jour que je me promenai au bord de l’eau, sur le sentier côtier de Conleau, lors de cette période insipide située entre deux saisons de chasse, je vis venir à moi un grand chien, qui, dès qu’il s’approcha, me fit fête. Je le reconnus immédiatement. C’était le beau Mario. Sa maîtresse arriva à ma hauteur, elle était ravissante, avec tout ce qu’il fallait… 

Je caressai du mieux que je pus mon ex camarade. Je poussai même le compliment : « Quel beau chien vous avez Madame ! » 

Le jolie femme sourit un instant, puis me dit : « Je vois que monsieur est un connaisseur ! » 

Moralité : Ne laissez pas trainer une chienne en lice ou évitez de dire n’importe quoi à une jolie femme. 

Amitiés à tous!