C’est la fin ! C’est la fin de Belle île ! Demain dimanche, je tournerai la page. Finies les grands courses au bord de la mer à la poursuite des diablesses rouges, finis les faisans, qui se sont faits plus rares cette année, place à la forêt, aux couleurs de l’automne, et à la bécasse.

Dimanche, ce sera l’heure de la migration du chasseur, et du rangement m’a dit ma femme, non sans un peu de nostalgie. Belle île, c’est comme un air de vacances, d’éternel week end, une île pour les amoureux.

Au fait ! Avez vous remarqué comme les gens s’aiment ici ? Déjà, sur le bateau, vous avez observé ce couple radieux. Vous les avez revus plus tard, pédalant sur la route des Poulains ; et vous n’avez pas pu rater ces retraités, bronzés, avec leurs grosses chaussures de marche, se tenant la main.

A Belle île, on s’aime, c’est comme ça ! On a le bateau à prendre mais les heures passées ici comptent double.

A la chasse, c’est la même chose. Je n’aurai chassé que six dimanches mais c’est comme si j’avais fait une saison.

Et quelle saison ! Des faisans en baisse mais des perdrix ragaillardies, et de beaux lièvres. Je peux dire que mon cœur a encore battu, et que cette petite chienne, Miss Cheyenne, aux soies dans le vent, avec cette course rythmée, ces arrêts soudains, m’a apporté beaucoup de joie.

Demain, place à la forêt, dans ses plus beaux atours, ceux de l’automne. Avec au loin, la silhouette gracile du chevreuil, le vol, à la croule, de la première bécasse.

Une page se tourne, mais le compte à rebours d’une partie ô combien plus subtile et exaltante est déjà commencé.

En effet, depuis quelques jours, dans des régions éloignées de la Scandinavie, de la Russie, au delà de l’Oural, dans le Nord, se prépare pour un très grand voyage la demoiselle aux yeux toujours sombres. Elle guette les signes dans le ciel, et le moment venu, dans le sillage des bernaches, et de l’armée des limicoles, elle prendra son envol, emportée par le vent d’est. Elle n’aura pas réfléchi, c’est plus fort qu’elle ; c’est sa race, c’est son destin. Elle survolera la steppe, les grandes plaines d’Ukraine ; passera les grands fleuves, les rivières, là, ou ses cousins lointains, les saumons répondent au même appel, pour rejoindre cette péninsule, plantée de pins et d’ajoncs, ou il fait si bon vivre, et qui s’appelle la Bretagne.

Bonne saison à tous.