Je ne pouvais finir cette saison sans vous parler de mon ami Andy. Vous savez qu’il existe des mariages incertains mais le plus surprenant est celui d’un breton et d’un provençal. Vous aurez remarqué que je ne dis pas marseillais. C’est différent.

Non ! Je veux vous parler d’un authentique provençal, un fils du moulin de Daudet. Dès qu’il parle, vous comprenez qu’il vient d’un autre monde. Ca sent le thym, le laurier, la sieste à l’ombre des oliviers, c’est comme le goût des pieds paquets, ça ne ressemble à rien de votre univers. Sa maison, l’oustau ou son mas, ressemble à celle des gravures pittoresques, avec des tuiles chauffées à blanc, ces murs ocres qui peuvent rappeler l’Italie ; avec le grand phénix à l’ombre duquel on a dressé la table.

Et quelle table ! Les enfants, les petits-enfants, les amis, sous la direction de la mamette, bronzée et souriante.

Vous mangerez l’agneau de Crau, le pistou et bien sûr l’aïoli, accompagnés d’un rosé des baux ou des coteaux d’Aix.

Vous lui parlez du temps qu’il va faire, il ne vous répondra pas : il vient d’un monde ou le soleil remplit le beau ciel bleu, quelque part entre Mouries et Eyguières. Lui, vous parlera de l’huile qu’il récolte, des aubergines qu’il caresse au lever du jour, dans son potager, de pêches grosses comme des melons…Il vous parlera du miracle de l’eau, qui irrigue les jardins, les prés à foin, il vous parlera du jeu provençal (ne pas parler pétanque) et de…la corrida.

S’il est un sujet sensible c’est ce cérémonial de la corrida avec ce combat millénaire entre l’homme, seul, à cinq heures, au milieu de l’arène, et cette boule de puissance, noire, luisante, dont les cornes sont acérées comme des poignards. Il faut voir cette montagne de muscles, débouchant comme un fou du toril et mesurer le courage du torero.

Pour qui ne connaît pas les règles, et le rythme immuable de la corrida, c’est une découverte, et des émotions fortes.

Assistez à la féria d’Arles ! Asseyez vous dans les gradins du vieil amphithéâtre romain et regardez !

Vous verrez les arlésiennes, belles, avec ce côté un peu sauvage ; ces messieurs fumant le cigare. Vous entendrez avec plaisir les premières notes si entrainantes du paseo. Préparez vous à un grand spectacle ! Vous en reviendrez ravi.

Et nous ? Nous ? Nous avons les bécasses, cet animal qui peut rendre fou. Et mon vieux camarade, chasseur de toujours se damnerait pour la belle mordorée. Et chaque année en septembre, il prend date. Il refait la croisade albigeoise mais à l’envers. Et quand il arrive, après 10 heures de voiture, motivé comme un jeune homme de 20 ans, la maison, qu’il n’a pas revu depuis un an, résonne alors de sa voix pointue avec ces expressions qui font mon bonheur : “la peucheurette”, “empèguer”, “un mino”…C’est du soleil dans ma maison, un peu de mistral dans les volets.

Dès le lendemain de son arrivée, nous nous équipons : fusils, cuissards, bourres grasses et bien sûr les chiens de chasse. Son chien s’appelle domino. C’est un petit setter, malin comme un renard, fier comme son patron, et d’une fidélité absolue. Lorsque son maître commence à élever la voix, il se couche, attendant que l’orage passe.

Ah ! Que de parties avons nous fait en Bretagne mon cher Andy!

Dans le pays de Questembert, à Limerzel, au temps de notre folle jeunesse, sous les tours d’Elven, à Glomel, en pays breton, à Baud et en forêt de Poncalleck , nous avons déchiré nos cuissards, et salué les belles demoiselles, celles qui ensorcellent les chasseurs, tous, qu’ils fussent de Bretagne, de Provence ou d’ailleurs.

Olé !