« Ca y est, je l’ai fait ! »

  • Tu as fait quoi ?

Mais le fameux permis de chasse !

Comme chaque année, à la même période, je fais valider le précieux sésame. Non pas que je veuille, comme je l’ai fait pendant des années, faire l’ouverture du canard, avec ces souvenirs de levée du jour et du sifflement si caractéristique des ailes de ces beaux oiseaux, trop dangereux pour ce qu’il me reste d’audition, mais c’est mieux comme ça. Je sais que je l’ai. Cela me réconforte de savoir qu’il est dans un tiroir, prêt à dégainer. C’est comme un trésor, la porte ouverte sur de nouvelles aventures, une grande bouffée d’air. C’est moins compliqué aujourd’hui, rien à voir avec le marathon administratif de ma jeunesse, la mairie, la trésorerie, et encore un coup de mairie, il fallait être motivé. Alors, quand je l’ai dans mes mains, propre, quand je regarde ces petites languettes bien sages…Mais il faudra attendre un peu.

Pour le moment, je continue de vaquer aux occupations estivales.

Quelques verres de rosé, des grillades avec beaucoup de fumée chez le voisin, à qui je fais un grand sourire. Une tape amicale au chien, en pleine dépression estivale avec, parfois, une belle ballade en forêt mais ne le répétez pas, il semblerait que ce soit interdit…

C’est aussi l’époque de la peinture, des grands travaux de jardin. Quelques plants de tomates, deux ou trois rangs d’haricots pour les plus habiles. Les haies à tailler, la pelouse à tondre pour la plupart d’entre nous. Il faut marquer des points, je veux parler du compteur  des bonnes relations avec madame. Faut lui faire oublier les absences dominicales, vous savez ces soirs ou vous arrivez crevés, sales, avec le chien trempé qui se secoue dans le salon.

Déjà, après les moissons, au mois d’aout, vous vous dites que le mois prochain c’est septembre. Et ce premier mois en « r », avec ses jolies syllabes, s’il évoque pour chacun d’entre nous, la rentrée des classes, vous vous en souvenez comme si c’était hier, est surtout le mois de l’ouverture.

Alors, pour la première fois depuis des mois, je sors le fusil. Je reconnais l’odeur, et je caresse la crosse. Je compte les cartouches, je m’intéresse de nouveau à mon plus fidèle compagnon, un peu honteux de l’avoir délaissé.

La veille, étant gamin, je ne dormais pas de la nuit. Je passais en revue toutes les situations auxquelles je serai confronté, et qui, vous le savez, ne sont jamais celles auxquelles vous avez pensées; je comptais les heures. Et le chien qui dormait depuis des mois, sans doute informé par je ne sais qui, changeait de comportement.

Mais, avec les années, on se calme, on est habitué, on ne voudrait surtout pas montrer aux jeunes chasseurs, qu’avec plusieurs dizaines de permis, on peut être fébrile.

Bon, c’est vrai, ca m’énerve quand même, d’ailleurs je ne sais plus ou je l’ai mis…certainement dans un tiroir! J’appelle les copains, je compte les jours. Allez ! On ne se refait pas.

Et puis mon chien, je ne sais pas ce qui lui prend depuis quelques jours, il n’arrête pas de me tourner dans les jambes, en regardant le coffre de la voiture…