C’est toujours un drôle de moment que de commencer à compter les jours qui restent sur les doigts d’une main. C’est souvent le temps des battues, quand le quota n’est pas atteint.

« Il vous reste combien de bracelets ? » entend-on.

C’est l’époque où votre femme trouve le temps long. Faut il qu’elle vous aime pour supporter ces absences ! Alors, on raconte toujours la même histoire : « plus que deux week ends ! », « bientôt, tu en auras marre de me voir… », certains prévoient même, à l’avance, un petit repas au restaurant, ça fait remonter les points, les chasseurs ont beaucoup d’imagination pour se tirer d’affaire…

Ce sont aussi les dernières sorties avec les chiens de chasse. Des fois que… !

On dit qu’à la fin février, les bécasses commencent leur voyage en sens inverse, et qu’il n’est pas rare de les trouver, parfois par paires. Des fois que ! Et puis, il faut les faire courir, ces beaux chiens qui nous ont accompagné durant une saison. C’est si triste de penser que dans quelques jours, il faudra remiser le fusil, ranger les grelots, et les laisser au chenil.

Ca fait un peu mal au cœur, quand ils sautent du véhicule, fous du plaisir de courir, de chasser, sans savoir ce qui les attend; c’est un peu comme demander à un athlète de s’arrêter du jour au lendemain.

C’est vrai pour les chiens, c’est vrai pour le chasseur. Attention aux beaux jours, et au régime grillades-rosé. Passer d’une quinzaine de kilomètres par jour de chasse à un aller-retour entre le canapé et le poste TV peut laisser des traces.

Déjà la lumière a changé. Ce n’est plus cette clarté un peu pâle des jours de décembre. Le ciel, en fin d’après midi, prend parfois des teintes plus chaudes. C’est fugace, c’est comme un clin d’œil de dame nature.

Demain la terre, les jardins, après ce long hiver, commenceront leur métamorphose. Vous avez vu, au petit matin, cette brume légère. C’est comme le rideau d’un théâtre qui nous jouerait cette pièce multi séculaire, celle de la vie qui reprend toujours le dessus. C’est comme une respiration, une belle histoire, celle des saisons, toujours recommencée. « Après tout ce blanc vient le vert, le printemps vient après l’hiver… »

Alors demain, quand vous ouvrirez la porte à vos chiens, avant qu’ils ne sautent dans la rosée du matin, ne croisez pas leur regard, vous aurez du mal à vous en remettre.

Bonne fin de saison à vous !