La première fleur

 

L’autre jour, c’était au mois de février, je vous disais que le printemps était à notre porte. C’est le cycle des saisons, ce drôle de phénomène, qui nous rappelle que nous ne sommes rien dans l’univers, mais que la terre qui nous porte, et qui semblait endormie, va se réveiller. C’est un bonheur, celui de voir les jardins revivre, la mésange se rapprocher des maisons, les branches des arbres se parer de bourgeons. Déjà dans les bois, dans les forêts profondes s’agitent nos amis. Le grand cerf, le brocard, vont et viennent, à la recherche d’un partenaire. Ce sera ce cri puissant entendu à la nuit tombée, ces abois que vous pensez être ceux d’un chien échappé.

Ces quelques semaines écoulées, passées si vite, qui font de notre dernière saison de chasse une histoire ancienne, ont écrit une nouvelle page.

La bécasse est repartie, les bernaches ont déserté le golfe, mais les saumons ont déjà entamé leur longue transhumance.

C’est aussi le petit ballet de nos amis les passereaux, visiteurs inattendus, l’apparition des premières fleurs. La fleur de camélia, les fleurs blanches des cerisiers, pommiers des vergers ; le rose des magnolias. Et la jonquille bien sûr, que les enfants proposaient à la vente, à pleines brassées, sur le bord des routes, il y a quelques années.

Chaque fleur raconte une histoire.

Je me souviens très bien des primevères, qu’étant gamin, nous cueillions sur les berges des rivières, et que nous ramenions à nos mères, comme un trophée.

C’était pour voir leur sourire, faire oublier nos bulletins de note, et c’était aussi une façon de saluer le retour des beaux jours.