Remerciements à Arnaud pour la belle photo.

 

C’est toujours un grand moment, le passage d’une année à l’autre. Certains choisissent de réveillonner, d’autres, de rester tranquille, près d’un bon feu. C’est la solution que je préfère, depuis de nombreuses années.

Car tous les ans, je réserve le premier jour de l’année à Saint Hubert. Parfois avec ma fille, lorsqu’elle daigne enfiler ses bottes, c’est ce que je vous ai raconté l’année dernière, parfois seul.

J’aime retrouver les bois, fouler la lande herbue, renouer avec ce plaisir de jeunesse.

Avec cette année, une mission délicate : trouver une bécasse ! Car, vous l’avez remarqué, elles ne sont pas au rendez vous.

C’est la cata ! « Jamais vu ça ! » m’a dit Jean-Claude.

J’ai appelé les amis, sonner le rappel, mais il n’y a rien à faire, elles ont disparu. Il y aurait néanmoins des secteurs, m’a-t-on dit, où on en a vues : Heureux chasseurs ! Profitez en !

Bon ! Je ne fus pas déçu.

D’abord ce givre sur les branches. Les layons ressemblaient, à la petite lumière du jour, à des allées vers la voie lactée. La campagne était d’un blanc laiteux, à perdre de vue. Pas de doute, c’était un temps à bécasses.

Vous avez souvent entendu dire : « Fais pas assez froid ! » En ce dimanche premier janvier, (franchement ils auraient pu placer ce jour férié un autre jour), les conditions étaient réunies.

J’étais seul, écoutant la cloche de mes chiens ; les caressant parfois, et les réprimandant lorsque leur ardeur faiblissait. J’ai recherché les ruisseaux, si maigrelets cette année, les queues d’étangs, ces terrains qu’affectionne la dame au long bec. J’ai pris mon temps, le chronomètre des jours qui passent n’était pas encore emballé. C’était un peu de répit ! Un bon moment avant de reprendre la course du travail et de retrouver les tracas du quotidien.

Que cette journée fut belle, avec toute cette blancheur, rien que pour moi. C’était comme un premier jour, le premier jour d’une nouvelle année, un matin du monde. On eut dit que la nature, cette belle dame, avait sorti ses plus beaux bijoux.

Et les bécasses ? Et bien j’en ai vues, aperçues plutôt, furtives, plus malines que compère renard, se dérobant devant les chiens. J’ai eu des arrêts à vide, des places chaudes, avec le cœur qui s’emballe, le fusil prêt à tirer. Mais les gredines s’étaient passées le mot : « Il a voulu chasser pendant que les autres dorment, il va voir. »

Ce fut une rude partie, et j’ai laissé de la sueur, une bonne grosse sueur qui me coulait dans le dos. J’ai caressé les ronces, les ajoncs mortifiés par le givre. Mais j’ai trouvé le bonheur, celui du chasseur.

Oui ! Mes deux chiens, la mère et son fils, Madame Cheyenne et Inouk, se mirent à l’arrêt dans la fougère, encore sur pied, au bord d’une route. Il n’y avait pas de doute. La babine palpitait, elle était là !

Elle finit par s’envoler, vous le savez, elle finit toujours par s’envoler mais jamais où il faut. Et, celle là, plus gredine, plus rusée que ses sœurs, s’envola, à …vingt mètres des chiens.

Mais le fusil, vieux compagnon, rester silencieux jusque là, monta à l’épaule comme un bon soldat, allant cueillir la belle à la cime d’un arbre.

Je la ramassai, la portant à ma joue, comme chaque fois, m’imprégnant de sa chaleur. J’étais un peu triste. Toute cette beauté, ces plumes mordorées et ces arbres gelés, comme un blanc linceul. Avec aussi un peu de joie, celle du chasseur, heureux avec ces chiens. C’est vrai ! L’année ne pouvait mieux commencer.