Si tu vas à Acunda, en Guinée Bissau, dans l’archipel des Bijagos, ne pense pas que la lumière, à la tombée du jour, rentrant d’une partie de pêche, te joue des tours. Ne crois pas que la douceur du soir ne soit qu’un rêve, une parenthèse dans ta vie. Si tu as vécu à Acunda, ne serait ce que quelques secondes, une semaine ou des mois, que tu sois venu pour la pêche, ou pour chercher quelque chose, tu trouveras peut-être une réponse.

Après deux heures de bateau, au départ de Mar Azul, tu verras cette petite île, comme la virent les caravelles, chargées d’indiennes et de cauris,  venant de Nantes ou de Bordeaux. Les alizés ont aussi leurs secrets, de lourds secrets, écrits dans les cales des négriers. Mais le temps a passé. Les bateaux qui passent au large des Bijagos ne sont que d’acier, qui parfois rouille sur une grève. Mais si tu t’approches un peu, tu verras peut-être de frêles esquifs, à la recherche de Ya boys ou à l’aplomb d’une épave. Ce sont les membres de la petite tribu d’Acunda, d’inoffensifs guerriers, qui ne vivent que de pêche et de no- kill.

Si tu vas à Acunda, viens avec humilité.

Si tu vas à Acunda, salue le serveur, Asse, droit comme un lord anglais, imperturbable, et commande lui un gin tonic, en souvenir de mon passage. S’il n’a pas de citron, que tu lui en fasses la remarque, tu peux être sur qu’il en aura le lendemain. Salue le cuisinier, Apt, souriant, et maître dans la préparation du poisson. A la lumière des ampoules, tu gouteras le cobia, la carpe rouge, ou mieux encore le mérou, accompagnés d’une ratatouille dont il a le secret. Si tu vas à Acunda, viens avec envie.

Prends l’apéro,  au bord de la cale, en contemplant la lumière, celle dont je t’ai parlée, mourant sur l’eau. C’est un bon moment, après les efforts de la pêche. Tu discuteras avec les autres pêcheurs, les passionnés. Ils te parleront de leurres, de tresse, de l’attente, sous le soleil. Ils raconteront les journées ou ça veut pas, et les autres, celles ou les carangues affamées,  le puissant tarpon, dans un bouillon d’écume, se jettent sur les leurres.

Si tu vas à Acunda, tu connaitras des jours meilleurs.

Lève-toi, comme si c’était le premier jour.  Ouvre un peu la baie et goute au calme de l’eau et du va-et-vient des pirogues. Tu iras prendre place à la table des pêcheurs, se préparant à une nouvelle journée. Tu boiras un peu de bissap, ce jus divin de l’hibiscus, goûteras au miel parfumé, et tu méditeras peut-être sur ces journées de repos, de découverte de la pêche, avec ses joies et ses déceptions.

Si tu vas à Acunda, viens pour la douceur des jours.

Tu salueras les pêcheurs, le passionné, l’équipe des copains, et le débutant. Tu salueras Eric, aventurier faussement nonchalant et toujours de bonne humeur, et sa compagne Carole, qui n’auront de cesse de te faire plaisir. Je me souviendrai longtemps de cette partie de pêche aux sérioles, de la couleur de ce jig, et de mes bras qui n’en pouvaient plus de remonter ces beaux poissons, C’est aussi leur plaisir, à ATLANTIC EVASION, que d’accueillir leurs clients, qui sont leurs amis, et qui améliorent ce havre depuis des années. Tu salueras peut-être Stéphane, voyageur intarissable, mais pêcheur passionné.

Si tu viens à Acunda, viens pour la pêche.

Si toutes ces conditions sont réunies, et si tu veux passer un bon moment,  t’offrir une parenthèse, un répit, alors viens à Acunda, tu connaitras le bonheur du pêcheur, la douceur du soir, mais ne pense pas un instant qu’elle puisse être le fruit de ton imagination.