
Ecrit par Laurent Maljan
Nous vivons une drôle d’époque !
J’ai compté les kilomètres, dix huit, dix neuf, jusqu’à vingt, mais rien n’y faisait. J’eus beau étirer ce fameux périmètre, il ne fallait même pas y penser. Mon coin de chasse favori était trop éloigné de la maison pour imaginer chasser la bécasse, cet oiseau qui rend fou.



J’étais en pleine déprime, celle du chasseur obligé de rester à la maison, jusqu’à ce que l’on me propose de participer à une mission d’intérêt général dans la forêt domaniale de Floranges. Qu’auriez vous fait à ma place ? J’ai accepté, je suis descendu de deux cases.
J’ai donc renoué avec l’équipement du chasseur de gros. La pibole, la dague que j’ai retrouvée dans le fatras accumulé des années. Et même le talkie walkie qui a grésillé un peu et qui s’est mis à fonctionner. J’étais donc fin prêt, muni de mon attestation.
Nous vivons une drôle de période !
Je me suis présenté au rendez-vous par une jolie matinée de novembre. J’ai retrouvé les amis, il est vrai que nous sommes une grande famille, et qu’entre un bécassier et un chasseur de gros, il n’y a pas grande différence. Certains souriaient de me voir parmi eux, d’autres me regardaient d’un air un peu condescendant, de cet air archi-connu qui signifie « qui te rend si hardi de troubler mon breuvage ? ». J’eus quand même le droit au café brûlant, à l’assiette de tripes, et bien sûr aux consignes. Inutile de vous dire que je fus attentif. Les annonces, c’étaient deux coups pour le chevreuil, et trois pour le sanglier, cet animal qui peut également rendre fou. Le nombre de pas à respecter afin de tenir l’angle de 30 °C. Et, ce que je craignais, la limite du poids à ne pas dépasser pour les chevreuils. « Dix huit kilos » ! Il ne fallait pas tirer les chèvres au dessus de dix huit kilos, et je voyais que le directeur de battue, gorgé comme un anglo, ne plaisantait pas.

Tout était réuni ! Le soleil qui montait au-dessus des arbres, les couleurs de l’automne, et l’amitié. J’avais en effet invité Mickael et Valéry Corlay qui avaient fait leurs premières armes dans cette jolie forêt, trente années en arrière. Tout était donc réuni, même l’émotion. Valéry m’a dit, « c’est ici que j’ai fait ma première bécasse, mon premier chevreuil et mon premier cochon ». Paix donc à Jean-Guy, leur père, qui fut pendant des années, le patron de cette chasse.
J’ai donc suivi les consignes, annoncé les animaux, répétant les coups de trompe. J’ai tiré, j’ai raté, comme il se doit, faisant résonner ma balle dans les baliveaux. Et le soir venu, avec un petit pincement au cœur, j’ai regretté ce repas, le fameux repas des chasseurs ou dans la chaleur d’une bonne cheminée, j’aurais levé mon verre et chanté à pleins poumons, « Ô Saint Hubert, patron des grandes chasses, toi qu’exaltait la fanfare au galop… », mais ça c’était avant… Ce fut une super journée, et je me souviendrai longtemps de ces couleurs, de l’émotion de mes amis, et de la ferveur des chasseurs.
Vive la chasse !

Ecrit par Laurent Maljan
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